NAGRA

mercredi 1er avril 2009

L’Afders et Nagra ont des souvenirs en commun. L’Afders naissait en effet, le 4 septembre 1954, d’un changement de statut de l’ADAES (l’Association des Amateurs de l’Enregistrement Sonore), elle-même créée au mois de juin 1949. L’Adaes, dans le prolongement de l’émission radiophonique "Aux quatre vents", organisait à cette époque un concours annuel du meilleur enregistrement sonore, qui devait devenir international en 1952. C’est ainsi que Stefan Kudelski [1] remportait en 1953 le premier prix dans la catégorie "Prise de son musicale et parlée" avec "Nocturne", réalisé en 19cm/s sur bande magnétique 6,35 mm, à l’aide d’un enregistreur autonome Nagra de sa fabrication.

L’association était donc fière, le 7 juin 2008, qu’après plus de 50 années de développement, la société Nagra lui fasse l’honneur d’une présentation des nouveautés les plus marquantes de Nagra-Audio avec la présence non seulement de Francis Guerra, responsable de la section Nagra-France Audio et président d’honneur du banquet annuel organisé le soir même, de Raphaël Mendez, ingénieur SAV, mais aussi de Matthieu Latour, responsable Hi-Fi High End et de Luc Van Zandycke, responsable du développement des enregistreurs Nagra, venus spécialement pour cette occasion de la maison mère, en Suisse.

L’association a pu ainsi bénéficier d’informations de première main sur les nouveaux matériels Nagra, mais aussi sur la stratégie présidant à leur développement. Ainsi qu’en témoignent les photos prises lors de cette séance, une assez large collection de matériels était présentée et les seules limites imposées furent celles relatives au temps. On ne pourra que davantage regretter l’indisponibilité de certains de nos membres.

Furent plus particulièrement présentés : le Nagra VI, le Nagra LB, le Nagra ML, ainsi que quelques éléments High-End, dont le célèbre lecteur CDP.

Le nouvel enregistreur Nagra VI

D’entrée, Luc Van Zandycke indique que les choix ayant présidé au développement du Nagra VI ont fait l’objet de discussions intenses au sein de la société et que certaines adaptations seront possibles en fonction des besoins des utilisateurs.

A la différence du Nagra V, la politique retenue a été d’inclure dans le prix de base l’essentiel des options, à l’exception de la sacoche et du fait que la batterie livrée (4 AH) peut être remplacée par un modèle à plus grande capacité (13,5 AH). Le poids est de 4 kg avec la batterie.

Le Nagra V à côté du Nagra D

Trois couleurs de façade

Pour environ 5000 € HT, on peut ainsi disposer de 6 pistes (6 entrées ligne réglées par menu, 4 entrées micro sur transformateur, réglables par potentio-mètres avec alimentation fantôme 48V et possibilité de double MS), 2 entrées AES, deux sorties ligne, une AES, deux sorties casque en parallèle (avec choix des pistes lues) et haut-parleur. Les down-mix sur 2 pistes sont possibles. L’appareil est également pourvu, pour les connexions numériques, d’un connecteur 9 pôles et de deux connecteurs USB, dont l’un permet l’utilisation d’un clavier standard pour l’entrée des méta-data. Sont inclus : la possibilité d’enregistrer de 16 à 24 bits et de 44,1 à 96 kHz, le limiteur, le Time code avec trois niveaux possibles selon les nouveaux standards et son connecteur Lemo, un disque dur de 120 GB, un lecteur de cartes Compact Flash (FAT 16 et 32). L’écran couleur comporte des indicateurs de niveau disposant de la balistique des Vu-mètres traditionnelle à Nagra, grossis en condition d’enregistrement. Les façades peuvent être changées : trois couleurs sont disponibles. Les aménagements de soft sont téléchargeables en les chargeant à la racine d’une carte CF.

Suite aux nombreuses questions de l’assistance, les réponses suivantes sont apportées : Le monitoring sur deux canaux avec réglage pan-pot est à l’étude. L’utilisation de disques durs externes via une prise USB n’est pas encore possible, mais est envisagée. Les disques durs du Nagra V peuvent être exploités par l’intermédiaire d’un micro-ordinateur PC ou Mac. La gravure de CD ou DVD pose des problèmes de soft importants et n’est donc pas à l’ordre du jour, compte tenu de la demande. En cas d’abandon du standard CF, des adaptateurs seraient possibles, comme ceci fut précédemment le cas des cartes PCMCIA. A la différence du Nagra V, les potentiomètres travaillent dans le domaine digital, avec un temps de latence inférieur à 10 ?s. Le choix du caractère monophonique ou polyphonique des pistes doit être choisi au départ. Une étude de soft est envisagée dans un deuxième temps. Les pistes ne peuvent être retardées les unes par rapport aux autres. Il n’est pas prévu de procéder à l’édition sur l’appareil lui-même, à la différence de l’Ares-C ou du Nagra LB. Enfin, il n’est pas envisagé d’exploiter directement des micros numériques du fait de la consommation exigée (250mA par micro en fantôme).

Cette présentation fut suivie d’un court essai d’enregis-trement de piano, effectué à l’aide de microphones Sennheiser MKH800, en 24 bits 48kHz. Cette mise à l’épreuve, écoutée sur deux canaux seulement, sera suivie d’une séance plus complète, en fin d’année, dont il sera rendu compte dans le bulletin. D’ores et déjà, les impressions furent bonnes, mais qui en doutait ?

Le nouvel enregistreur Nagra LB

Cet appareil est clairement orienté vers le reportage et la radio, à l’instar de l’Ares-C, auquel il ressemble en permettant l’édition à l’aide des commandes placées sur la face supérieure de l’appareil. Il est présenté ci-contre, à côté de l’Ares-BB et utilise comme lui des cartes PCMCIA ou CF.

Cet appareil a pris le meilleur des deux Ares, en exploitant en outre la technologie 3V, ce qui réduit la consommation. Les deux potentiomè-tres d’enregistre-ment peuvent être couplés.

L’enregistrement se fait en 16 ou 24 bits en PCM, MP2 ou MP3. La carte peut être changée en cours d’enregistrement sans rien perdre, l’appareil disposant d’une mémoire de 2 Go en interne. L’enregistrement sur clé USB est possible en différé. L’écran couleur est très lisible. Le prix sera de l’ordre de 2000 € HT.

Comme pour l’Ares-C, l’édition est effectuée sur la face supérieure, avec ici encore un écran couleur. Les liaisons Bluetooth ou Internet sont possibles, visible via FTP (protocole SIP en préparation). Il est possible d’enregistrer et d’être à l’antenne en direct. Les capacité d’édition sont bien entendu limitées, s’apparentant à ce qui était possible avec une bande : pas de fade-out / fade-in, par exemple. Une possibilité d’annulation est prévue.

Trois secondes de pré-record sont possibles, là où le Nagra VI en prévoit 5 ou 10 selon la fréquence d’échantillonnage. Un filtre spécial anti-vent, détectant les signaux de basse fréquence et haut niveau est également prévu sur les deux appareils.

Le nouvel enregistreur Ares ML

L’enregistreur Ares ML est une version allégée (d’où la désignation "L", signifiant "Light") du modèle Ares M2, qui était lui-même un M dont la mémoire interne avait été augmentée à 2 Go et auquel une prise USB avait été ajoutée.

L’Ares ML entre Ares BB et Nagra LB

Les simplifications apportées répondent à la demande de clients, et visent à supprimer les risques d’erreur : plus d’édition, de dossiers, d’enregistrement automa-tique sur détection d’un niveau sonore, plus de micro inclus, mais un câble XLR est livré. On devine donc que cet appareil est destiné à des institutions qui disposent déjà d’un parc de microphones. Le prix peut ainsi être réduit à 650 € HT, hardware et qualité étant conservés.

La Hi-Fi High-End Nagra

Il y a une dizaine d’années, un préamplificateur PL-P était développé par Nagra, suite logique de l’excellence reconnue des préamplis du Nagra IV-S. Un étage phono à tubes lui était adjoint. Petit à petit une gamme complète a été constituée : DAC sur la base de l’expérience acquise avec le Nagra D, préamplificateur à tubes PL-L, un amplificateur VPA à tubes, un ampli MPA à transistors MOS-FET, mis en oeuvre au cours de la présente séance, plus fabriqué et remplacé par les modèles PMA et PSA de forme pyramidale. Les choix opérés par Nagra ne visent pas à retenir une approche ésotérique, mais plus simplement la fidélité et la transparence.

Il manquait une source à cet ensemble, faisant suite aux enregistreurs développés par la marque, notamment le Nagra V. Ce modèle, décliné en trois versions : CDT (transport seul), destiné à être couplé au DAC, CDP (avec convertisseur), présenté à l’association, et enfin CDC (control) comportant un préamplificateur intégré, le plus désirable et le plus "Nagra" avec son modulomètre à aiguilles.

Le lecteur CDP utilise la méca-nique Philips CD-Pro II, montée sur un tiroir coulissant et sur une suspension à base silicone. Une horloge très précise (de l’ordre de la ns) de fréquence multiple de 44,1 kHz est utilisée pour re-synchroniser les données. La partie conversion est également très soignée, faisant appel à des convertisseurs de nouvelle génération, encore plus avancés que ceux du Nagra V. Les sources externes ne sont pas acceptées. Les sorties s’effectuent en symétrique, comme sur les enregistreurs, et en asymétrique sur prise RCA pour un usage audiophile.

Quelques écoutes

Les écoutes furent effectuées à partir du lecteur CDP, suivi du préamplificateur PL-L et de l’amplificateur MPA alimentant des enceintes Dynaudio Contour 1.3.

L’écoute du piano est un peu douce, légèrement sombre, confortable, avec des timbres assez riches. C’est assez dynamique, sans agressivité. Il nous faut un peu de temps pour retrouver nos repères dans cette salle et pour cette configuration d’écoute dans le sens de la longueur de la pièce. Il y a beaucoup de propreté et de détails et aucune concession faite à la prise de son. Une réécoute effectuée en by-passant le préamplificateur et en avançant légèrement les enceintes permet de retrouver un équilibre plus habituel. C’est encore un peu plus précis avec une meilleure attaque et plus de légèreté.

Les percussions de Keith Jarret en concert procurent un équilibre assez voisin. Bonne précision sans caractère agressif. Le quintette de Mozart est léger et aéré. L’image est bonne, même si elle manque peut-être un peu de profondeur dans la configuration retenue. Les timbres sont beaux et naturels, peut-être moins "verts" que d’habitude. Selon l’emplacement des auditeurs, une petite bosse est notée dans le bas-médium, imputable à la salle. L’orgue fait preuve d’une bonne définition, sans agressivité. On juge ici davantage les enceintes que l’électronique. L’équilibre est bon, la petite chaleur notée précédemment masquant un peu l’aigu, moins brillant que d’habitude, notamment pour les auditeurs les plus éloignés.

Oscar Peterson est restitué de manière confortable, un peu douce. La définition est là cependant, ainsi qu’en témoignent les chuchotements des musiciens, et la multitude de détails révélés par cette lecture. Le quintette de Stertzel est ici encore un peu retenu, même s’il est assez dynamique. Quelques lourdeurs sont notées, imputables aux résonances identifiées précédemment. La trompette est bien timbrée, le saxo aussi. L’auteur de la prise de son estime le saxo ténor très vrai et même "étonnant", des détails apparaissent que l’on n’entend habituellement pas.

En complément, une écoute sur Nagra D du Master 24/48 du Festival de Jazz de Monteux enregistré en sortie de console pour la réalisation des disques donne un grand sentiment de propreté et de musicalité, avec un aigu un peu plus présent que précédemment. Enfin, il fut procédé à quelques écoutes d’enregistrements des membres, dont un effectué à l’aide d’un Nagra V.

En conclusion,

Au-delà des conditions d’écoute qui n’ont pu donner qu’un premier aperçu de la qualité des petits "bijoux" présentés à l’Afders, que nous aurons l’opportunité d’approfondir à l’occasion de séances d’enregistrement et de restitution collectives à venir, l’Afders tient à remercier la société Nagra et plus particulièrement MM. Guerra, Mendez, Latour et Van Zandycke pour l’honneur qu’ils lui ont fait en lui consacrant cette séance de présentation. Une séance qui confirme que les techniques de restitution des phénomènes sonores et musicaux ne sont jamais mieux servis que par ceux qui maîtrisent leur captation à la source.

JM. Grandemange.

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[1présenté comme suit dans le numéro de juin 1953 de la Revue du Son : "A Lausanne, Stefan Kudeslski, élève de l’école polytechnique, a passé bien des nuits à mettre au point un matériel qui, tout en ayant des dimensions et un poids réduits, pût échapper à la servitude du "fil à la patte", au raccord sur le courant du secteur, et le voici constructeur du plus petit enregistreur autonome sur bande du monde, dont la perfection fait l’étonnement général".


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