Le Préamplificateur Phono Nagra BPS

vendredi 2 octobre 2009

Le Préamplificateur Phono Nagra BPS

Un bijou. Le voir, c’est le désirer. Il est d’ailleurs livré dans son écrin, une petite valise comportant les clés Allen nécessaires à l’ouverture du coffret, et à la mise en place des résistances de charge en fonction de la cellule utilisée.
La photo ci-dessous illustre les différents éléments livrés. On note en particulier les transformateurs d’entrée élevant la tension délivrée par les cellules à bobine mobile, ainsi que la pile de 9V servant à l’alimentation du préampli et procurant une autonomie d’environ 100h (la diode en façade est exploitée pour tester sa capacité résiduelle).

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La cellule utilisée pour les écoutes étant une AT33PTG à bobines mobiles (0,5mV à 1kHz, réf. 5cm/s), une résistance de 100Ω a été installée, procurant une impédance d’entrée comparable à celle du préamplificateur Isem Modulis utilisé comme point de repère.

On notera sur les photographies du système d’écoute mis en oeuvre (platine AVID Volvere Sequel, bras SME IV) que le BPS est discret et qu’il ne demanderait qu’à rester à demeure dans ce système.

Les écoutes

Quelques expériences antérieures avaient montré qu’il n’est pas aisé de procéder à une évaluation de platines vinyle en séances collectives : question de transport, d’ajustements, de rigidité du supportage, notamment. En outre, il n’est pas possible de basculer aisément d’un préamplificateur à un autre tout en assurant un alignement soigneux des niveaux.

La solution retenue consista donc à numériser les morceaux choisis en 24/96 à l’aide d’un Nagra V, et d’ajuster légèrement les niveaux à l’aide du logiciel Adobe Audition. Ce n’était pas l’objectif de cette manipulation, mais une analyse du signal procuré par chaque préampli fut rendue possible à cette occasion, et a mis en évidence un problème de saturation du BPS sur les forts niveaux, dont il sera rendu compte en fin de compte rendu.

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Les morceaux écoutés lors de la séance du 27 juin 2009 avaient été synchronisés avec soin par Claude Ollivier, permettant un basculement instantané d’un préamplificateur sur l’autre. Les avis étaient exprimés sans connaître le modèle en écoute.

L’Isem Modulis (il s’agit de la version initiale) est apparu plus dynamique, mais aussi un peu moins "plein" et riche en timbres. Il a été jugé très naturel sur le disque de Koto.

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Le Nagra BPS est plus beau, sur la voix notamment, le son a davantage d’étoffe, et est un peu plus "mat". Tout ceci reste cependant subtil en commutation immédiate, compte tenu des limitations de la chaîne d’écoute (enceintes Dynaudio BM5 alimentées par un ampli multicanal Onkyo).

En living room privé (préampli YBA 2α et ampli YBA 1α, enceintes de réalisation personnelle décrites antérieurement dans ce bulletin), ainsi qu’au casque (convertisseur-ampli casque Benchmark et casque Sony MDR-CD1700), ces différences sont du même ordre, en plus significatif. Les timbres du BPS sont riches et naturels, le grave est plein et varié, les aigus sont doux. L’on pourrait cependant souhaiter un peu plus de vivacité sur les transitoires les plus marqués, et moins de tassement sur les forts niveaux.

Les disques utilisés comportaient la Sonate pathétique de LV. Beethoven, par T. Paraskivesco (disque Sarastro SAR7707, 45t/mn, dédicacé par l’artiste le 10 mars 1978), la Toccata et fugue en fa majeur BWV540 de JS. Bach, par A. Stricker (disque
Sarastro SAR7817, 45t/mn), the Bassface Swing Trio plays Gerschwin (gravure directe 33t/mn Stockfisch SFR 357.8045-1), un disque de Koto, également en gravure directe 45t/mn (disque RCA RDCE-5), la 5ème symphonie de Mahler sous la direction de G. Solti (disque Decca SET471-2) et enfin "Festino" de A. Banchieri, par l’ensemble vocal JP. Gipon, enregistré par Marcel Garand, à Mitry-Mory en octobre 1985 (disque MCM851216).

Les deux préamplis sont totalement silencieux et mettent notamment clairement en évidence un pré-écho de bande sur le disque de Beethoven. Sur ce disque, les timbres du piano sont plus beaux sur le BPS, avec plus de "poids", mais aussi moins d’aération. On note également quelques distorsions sur les forte [1]. Il en va de même sur le disque de Bach, où le BPS présente des timbres raffinés, un bon micro-contraste sur les bas niveaux, mais une sensation de tassement sur les forte.

Les timbres sont également plus riches sur Bassface, avec un son de piano plus beau et un aigu très fin. L’Isem est de son côté plus aéré et dynamique. Si le disque de Koto est dynamique, léger et détaillé avec l’Isem, les timbres sont ici encore plus "pleins" avec le BPS, qui semble plus lent. S’agissant des timbres, c’est clairement le BPS qui a raison.
On retrouve les mêmes appréciations sur les voix du disque de JP. Gipon, qui sont moins "vertes" sur le BPS. Excellent niveau de détail et de présence de l’acoustique du lieu dans les deux cas : l’Afders peut être fière du travail de M. Garand. Le disque de Mahler confirme ces impressions avec une trompette bien "craquante" en ouverture avec l’Isem, et un grand sentiment de naturel avec le BPS, qui procure une restitution "chantante".

Une interrogation

Une observation nous empêche toutefois de "craquer" pour le BPS, et pourrait d’ailleurs expliquer le tassement de dynamique noté lors des écoutes, ainsi que la tendance à distordre sur les forts niveaux. Il s’agit d’un écrêtage asymétrique, illustré ci-après sur un exemple. Il conviendra donc, en liaison avec le constructeur, de procéder à un ajustement du gain en fonction de la cellule utilisée, ou de réévaluer l’alimentation du BPS.

Disque de Koto. Disque RCA RDCE-5

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Préampli Nagra BPS

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Préampli Isem Modulis

En conclusion, le préamplificateur BPS est réellement un petit bijou de technologie, dont le son est digne des autres productions Nagra. Il nous reste cependant à diagnostiquer les raisons de l’anomalie constatée avant d’émettre une recommandation sans réserves.

JM. Grandemange.

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[1Dans un premier temps, cet effet a été imputé à la lecture des vinyles. L’écoute des mêmes disques lus avec l’Isem présente toutefois un niveau de distorsion significativement inférieur sur les mêmes passages.


Commentaires

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mardi 9 avril 2013 à 11h33 - par  Claude Ollivier

Helas Monsieur, Dominique Fellot est decede en juin 2011 et il est parti en emmenant beaucoup de son savoir.

Je mets en ligne votre question qui trouvera, je l’espere, un autre savant pour y repondre.

Cordialement

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samedi 6 avril 2013 à 11h53 - par  Georges

Bonjour Mr FELLOT,
Vous aviez propos dans le forum afders une mthode pour calculer de A Z un prampli RIAA.
En effet, je dispose d’une cellule MC TSD15 sfl de marque EMT
- avec un niveau de sortie de 0,21mv (Output Voltage)
- impdance de charge de 100 ohms (Load Impedance)
- impdance de sortie de 24 Ohms (Output Impedance)
(toutes les caractristiques de cette cellule sont sur ce lien :
http://www.vinylengine.com/cartridge_database.php?m=EMT&t=any&mod=TSD+15+SFL&sort=2&Search=Search&sty=&ovlo=&ovhi=&can=&dclo=&dchi=&stid=&masslo=&masshi=¬es=&prlo=&prhi=)

Le prampli que j’utilise est un Audio Research SP (avec entre phono que je n’utilise pas pour cette cellulle car le niveau est trop faible).
Les caractristiques techniques sont sur ce lien :
http://www.audioresearch.com/SP16.html

Pour amplifier le faible signal de ma cellule, j’utilise un prampli phono de marque SimAudio Moon LP110 dont les caractristiques sont sur ce lien :
http://www.simaudio.com/moon110LP_specs.htm

(j’aimerai comprendre quelles caractristiques doit avoire mon prampli phono pour que je puisse obtenir un niveau d’amplification du signal suffisamment lev pour profiter complitement de ma cellule TSD15 (qui est remarquable).
Je connais un professionnel lectronicien capable si je lui donne les bonnes caractristiques de me prparer un prampli phono ( tube dans l’idal).
A moins que vous connaissiez vous-mme quelqu’un dans ce domaine.
Cordialement
Georges (georges@free.fr)

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vendredi 25 janvier 2013 à 09h21 - par  Michel

j’aimerais construire moi meme mon etage phono..
pour info je posséde une platine Jean-françois jle tallec
STAD 1...
Pouvez-vous m’envoyer votre doc sur votre préampli RIAA
et son corrigé...
et la liste de composants pour le fabriquer...
Merci beaucoup....

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jeudi 2 juin 2011 à 08h44 - par  yves teste

mon dieu !!!
je lis votre reponse avec délice...
donc comme mon preampli n’a pas d’e,trée phono que prendre comme preampli ( acceptant bobines libres et mobiles) : project ? thorens ?clearaudio ???)
merci de votre réponse !!!

lundi 6 décembre 2010 à 22h25

Bonsoir,
Quelques éléments pour répondre à vos interrogations :
1) Le Nagra BPS semble effectivement avoir un gain relativement élevé et une admissibilité limitée en entrée. Le banc d’essai de Hi Fi News de septembre 2010 a mesuré cette limitation à 0,93mV en entrée en position MC et à 3,4mV en position MM. Nagra, consulté, a indiqué pouvoir adapter le gain selon les desiderata du client.
2) Les performances musicales de ce petit préampli ne sont pas en cause : elles sont excellentes. Le petit préampli Isem auquel il a été comparé est en retrait sur le plan musical, même si son rapport qualité/prix est sans doute supérieur. Le préamplificateur que j’utilise est l’Audiomat phono1. Les derniers modèles doivent être aussi chers que le BPS, et ce prix peut être largement dépassé dans quelques réalisation de haut de gamme.
Pour reprendre la conclusion de Ken Kessler dans HiFi News qui lui donne la note de 85% : "Despite the matching issue, Nagra’s BPS rewards obsessive analogue addicts with a smooth, detailed, open sound. It is not as warm (nor user-friendly) as my personal sub-£2500 choice, the Audio-Research PH-5, but comparing them is apples-vs-oranges : they are wholly dissimilar beasts. If you favour battery-power silences and jewel-like build-quality, BPS for you will mean "Brilliant Phono Stage".
Ce n’est pas une conclusion vraiment négative...
JM. Grandemange.

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dimanche 10 octobre 2010 à 21h09 - par  Dominique FELLOT

Il arrive aux fabricants de matériel professionnel les plus renommés,d’accoucher d’un produit raté et hors de prix.

Cela me semble être le cas de NAGRA, avec un préampli RIAA qui se veut "Haut de gamme".

Si vous avez le goût du "Faites le vous même", je vous enverrai de quoi calculer de A à Z votre préampli RIAA, que j’ai donné il ya plus de 20 ans comme exercice à mes éleves à l’ENSTA, (avec bien entendu le corrigé).

Tout est dans le choix du Circuit intégré, qui, quoi qu’on en dise, est presque toujours imbattable dans les performances distorsion et bruit : Relisez l’article que j’ai publié dans AFDERS CONFIDENCES en Juillet 1996 (Préampli micros) C"est pour cette raison que je vous ai fait envoyer la pub de Sélectronic, qui montre bien qu’il est possible, de se le faire pour une bouchée de pain !

Dominique FELLOT, Ancien Ing. Thalès, ancien prof d’électronique et d’automatismes, auteur du "Précis d’électroacoustique" d’EDP Sciences 2007.

Logo de Laurent KASALA
mardi 5 octobre 2010 à 11h18 - par  Laurent KASALA

Bonjour,
A la recherche d’un préampli phono, votre article consacré au Nagra DPS a suscité mon attention mais aussi plusieurs interrogations :
1) avez vous pu déterminer l’origine du défaut constaté depuis vos essais ? La charge de la cellule pourrait-elle expliquer pour tout ou partie le dysfonctionnement constaté ?
3) une alimentation aussi sommaire, est-ce sérieux, surtout à ce prix ?
4) que penser du prix de vente élevé de cet appareil au regard de ses performances musicales ? N’existe til pas meilleur rapport qualité-prix sur le marché ?
je vous remercie par avance de votre réponse.